Clip mélangeant animation et prise de vue réelle pour Matthieu Chedid.

– Clip d’Or Festival Protoclip 2009 (Festival International du Clip Musical)
– Prix du Meilleur clip au Festival International des Arts du clip 2008

Director : Stéphane Berla
Music : – M – / Matthieu Chedid
Production : LN Prod
DOP : Thomas Letellier
VFX Supervisor : Arthur Gordon
VFX : MagicLab
Design : Sam Mahlone


J’ai souhaité mettre en scène au travers de ce clip, une histoire riche et complexe répondant par l’absurde aux interrogations soulevées par la chanson, tout en essayant de trouver le juste équilibre graphique entre l’ambiance sombre teintée d’expressionnisme Allemand de l’album « Le Roi des ombres » et la fraicheur ludique de Matthieu.
Au début et tout au long de la chanson « Est-ce que c’est ça », nous entendons des voix s’essouffler en faisant du sport tandis que l’artiste se pose des questions existentielles : Après-quoi court-on ? Y-a-t’il un but à cette course effrénée ? « Est-ce que c’est ça ?» le but de notre vie ? Pour terminer sur une citation de la Divine Comédie de Dante où l’auteur raconte le parcours initiatique de son personnage traversant les enfers, puis le purgatoire avant d’arriver au paradis.
J’ai donc cherché à représenter les enfers d’une manière décalée, colorée et amusante en construisant un univers qui soit à mi-chemin entre la cruauté de Jérôme Bosch, la bêtise des Shadoks et la logique implacable jusqu’à l’absurde de Kafka. Pour cela, je me suis inspiré des supplices Grecs ou des personnages sont condamnés à essayer d’atteindre un objectif futile et de toute manière inatteignable, tel Sisyphe poussant sa pierre, les Danaïdes condamnées à remplir un tonneau sans fond, les Shadocks pompant éternellement ou le hamster galopant dans sa roue. Un des principes du clip est donc de faire évoluer dans une usine machiavélique de petits squelettes condamnés à servir de générateurs électriques. Ils animent par leur action des engrenages interconnectés à la manière des illustrations humoristiques de Rube Goldberg ou dans la tradition steampunk.
Dans son dernier album, Matthieu se pose entre autre des questions sur le rapport complexe, parfois proche de la skizophrénie, qu’il entretient entre lui et « son ombre », la personnalité exubérante de – M -, ce personnage polymorphe qu’il s’est créé. La chanson « Est-ce que c’est Ca » parle également de cette difficulté à définir son « Moi ». Un des principes du clip est de « tuer » une des apparences de l’artiste pour le faire renaître sous une multitude de – M – pour évoquer que le personnage est multiple, dans le même esprit que le film « Dans la peau de John Malkovitch ».
Pour cela, l’idée est de lier l’infiniment petit avec l’infiniment grand où chaque démon est une (dés)incarnation squelettique de – M – et fait partie d’une gigantesque machine représentant l’intérieur d’un corps humain.
Dans celui-ci, un personnage est condamné à jouer de la musique dans une prison mécanique en forme de cœur. Des étincelles dorées très graphiques sortent de sa bouche et de sa guitare pour se propager dans un réseau de tubes rappelant le circuit sanguin. Les étincelles parviennent à d’autres personnages piégés dans des organes du corps, qui essayent vainement de les toucher. Ils ne font malheureusement qu’alimenter un système diabolique qui fait avancer un deuxième réseau de petites billes à la manière d’une horloge à boules. Ces billes symbolisent les globules rouges chargées de CO2 retournant au cœur.
Par un système de mise en abîme, on réalise peu à peu que ce corps humain est celui d’un autre Matthieu/squelette d’une dimension supérieure, faisant également partie d’une autre machine, elle-même partie intégrante d’un autre squelette et ainsi de suite …
Le clip se voulant une forme d’introspection de l’artiste, l’image bénéficie d’un traitement particulier, comme si ce petit monde était vu au travers d’un scanner à rayons X. Cependant, pour éviter une image clinique, on travaille les décors, le rendu de l’image et les effets afin de les rendre les plus organiques possible en s’inspirant des films de Georges Méliès, Segundo de Chomon et de l’esthétique burlesque et colorée des vieux trains fantômes.
Les couleurs sont vives et électriques dans l’esprit des tous premiers jeux vidéos des années 80. Dans la première partie, la palette de couleur est constituée de bleus et d’oranges avant de basculer dans un feu d’artifice coloré : verts phosphorescents, violets lumière noire, jaunes acidulés, roses radioactifs…
Les squelettes ont une grosse tête, une allure déglinguée et simplifiée (les os du corps sont séparés et forment des M) évoquant les Calaveras issues du folklore mexicain. Ils portent de petites cornes pour rappeler la célèbre coupe de Matthieu et en faire de petits démons.
Au premier coup d’œil ils paraissent en animation mais en regardant attentivement, on se rend vite compte qu’il s’agit d’artistes acrobates vêtus de costumes conçus spécialement et éclairés en lumière noire pour donner l’illusion de squelettes évoluant dans le vide. Les animations des personnages sont truquées au montage pour créer des boucles artificielles collant au rythme de la musique et donnant un rendu saccadé typique des très vieux films (cf. le fusil chronophotographique de Muybridge).
Pour renforcer l’impact graphique de ces démons, j’ai imaginé un système totalement novateur qui consiste à filmer en même temps les deux côtés du corps et à les superposer en postproduction pour créer l’illusion d’un personnage totalement transparent. Entre la qualité ultra-réaliste de l’animation, les nuances organiques des os peints et la transparence illogique du corps, on obtient ainsi des personnages aussi étranges qu’esthétiques.
La chanson s’interroge sur le vrai – M –. Le clip y répond partiellement en terminant sur une chouette énigmatique, hiéroglyphe égyptien représentant à la fois la lettre M et qui symbolise le concept de l’ombre, permettant ainsi un joli et discret parallèle avec le titre de l’album « Le Roi des Ombres ». Les chouettes Grands Ducs ont également l’avantage d’avoir des oreilles pointues rappelant la coupe de cheveux si caractéristique de – M -.
Par conséquent, tout le clip est conçu à plat dans l’esprit des hiéroglyphes égyptiens, et les personnages se déplacent presque exclusivement de profil.
Quand à lui, le cœur est posé sur une balance équilibrée par des billes qui nous ramène directement à la pesée des âmes par le Dieu Anubis, où ce dernier compare le poids du cœur des défunts avec une plume.
Le mécanisme global du clip est conçu de telle manière, que si Matthieu perd l’envie de jouer, les étincelles arrêtent de partir. Du coup, les squelettes n’ont plus de raisons de courir et se démotivent pour se faire écrabouiller les uns après les autres par le piège machiavélique. Comme plus personne n’alimente la machine, les billes arrêtent de tomber sur le plateau, le cœur devient trop lourd et enclenche un arc décochant une flèche dans le cœur de Matthieu. Il meurt donc à son tour.
Avant de ressusciter sous une autre forme.


Après un dé-zoom, le clip s’ouvre sur un squelette-démon fluo en train de courir de profil. Il semble essoufflé. L’animation est réaliste, mais en boucle et saccadée, à la manière des corps « chronophotographiés » par Muybridge.
On ne se rend pas encore compte à quelle vitesse il court. La caméra recule une nouvelle fois, on se rend compte que le diablotin essaye de toucher des étincelles orangées sortant d’un haut parleur transparent. Elles s’arrêtent systématiquement à quelques centimètres du bout de ses os. En regardant bien, on se rend compte que celles-ci représentent un point d’interrogation flottant dans le vide. Les étincelles sont des feux de Bengale filmés sur fond noir et animés en post-production. Ils représentent la seule couleur chaude dans cet univers bleuté et froid.
Peu à peu, on découvre plusieurs autres squelettes-démons, tous en train d’exercer une activité physique intense avec la même énergie absurde des hamsters courants dans leurs roues : l’un saute sur un trampoline, un autre fait du vélo, le suivant fait du pédalo, monte une échelle, etc…
Un des squelettes semble pourtant se démarquer, il ne fait pas de sport mais porte une guitare fluo autour du cou. Soudain, un effet de fumée « à la Georges méliès » le transforme en Matthieu vêtu de son costume Mister-Mystère. Il joue et chante les paroles de la chanson avec mélancolie. Le son est matérialisé sous la forme de chaleureuses petites étincelles qui s’échappent en direction d’un récepteur audio et qui sont distribuées par un réseau électrique à tous les squelettes.
On retrouve Matthieu en train de jouer, on se rend compte qu’il est enfermé au cœur d’un édifice mécanique évoquant la forme d’un myocarde posé sur une balance. Rappelant le principe de la circulation sanguine, les étincelles colorées (les globules rouges chargées en oxygène) émanant du chanteur, reviennent sous la forme de billes blanches s’écoulant sur le plateau gauche de la balance.
Inspiré de la pesée des Ames, le mécanisme est plutôt cruel. Si les billes arrêtent de tomber, la balance est déséquilibrée et le cœur déclenche par son poids une arbalète orientée en direction du chanteur.
Tandis que le premier refrain démarre, la caméra révèle progressivement une gigantesque usine d’engrenages aussi transparents qu’une radiographie, s’emboitant les uns aux autres de manière totalement illogique et bougeant en rythme avec la musique, tel une boite à rythme mécanique. La machine infernale représente l’intérieur du corps humain où chaque squelette est enfermé dans un piège machiavélique le condamnant à faire fonctionner un des organes.
Tant qu’ils avancent pour effleurer les étincelles à la manière d’un âne qui essaye d’attraper sa carotte pendue par une canne à pêche, un mécanisme à base d’engrenages fait avancer les billes blanches. Mais si les petits démons s’arrêtent, ils sont impitoyablement écrabouillés, transpercés, brûlés, cisaillé, tronçonnés, plongés dans un bain d’acide etc …
Malheureusement, malgré la menace de l’arbalète, le chanteur perd de plus en plus l’envie de jouer et finit par s’arrêter, déprimé et désœuvré. Le flot de notes musicales ne s’échappe plus du Roi des Ombres et les points d’interrogations se détériorent pour disparaître complètement. Ne sachant plus après quoi courir, les squelettes se démotivent aussi et ralentissent la cadence pour arrêter leur activité. Ce qui devait arriver arrive, par une cascade d’accidents malheureux, les diablotins se font impitoyablement déchiqueter les uns après les autres pour finir en petits tas d’ossements inertes.
Les engrenages manquant de forces motrices, le ralentissement se propage à toute l’usine-corps et les billes arrêtent de tomber dans la balance. En se déséquilibrant, le cœur déclenche la flèche mortelle qui se plante dans la poitrine de Matthieu. Dans un dernier geste théâtral, il s’effondre en petit tas d’os.
Tout à coup, les os se mettent à clignoter et se colorent d’un lumineux rouge fluorescent avant de s’envoler pour reconstituer le corps du squelette. Dés lors, Le démon rouge récupère sa guitare et se remet à jouer avec énergie pour envoyer de nouveaux feux de Bengale volants rouge vif tandis que le cœur s’habille d’une chaude couleur grenat.
Le nuage de particules coloré se diffuse sur tous les hauts parleurs de la cathédrale-mécanique, forme un cœur d’étincelles avant de se déposer sur les petits tas de squelettes. A chaque impact, les ossements se colorent de couleurs vives et fluorescentes. Tels des spectres sortis d’un carnaval de l’étrange, les démons bariolés se reconstruisent sous nos yeux et alimentés par une énergie nouvelle, ils se remettent à courir, rouler, grimper, tirer avec une motivation sans pareille pendant que les couleurs se propagent aux rouages autour d’eux. La caméra recule alors en plan large pour révéler que les teintes vives se sont étendues à l’ensemble de la machine. Du coup, cette dernière ressemble à un jeu vidéo des années 80 avec une palette de couleur fluo digne du film « Tron ».
Alors que les paroles de Dante de la fin de la chanson résonnent, la caméra recule par une mise en abîme vertigineuse pour sortir du thorax d’un autre squelette rouge. Sur un accord de guitare, celui-ci se transforme en Matthieu, vêtu de sa tenue de scène blanche et arborant une perruque en plumes.
Il joue quelques accords, passant d’une apparence à l’autre, quand la caméra recule une nouvelle fois pour révéler que l’artiste se trouve lui aussi dans une usine colorée remplie de démons sportifs. On continue de reculer pour s’extraire d’une autre cage thoracique, mais cette fois, le squelette n’est plus celui d’un humain mais d’un volatile. L’image passe des rayons X à la normale, la caméra termine en travelling arrière sur une chouette blanche qui nous dévisage mystérieusement.

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