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Etienne Ballérini

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Cinéma / JACK ET LA MECANIQUE DU COEUR de Mathias Malzieu et Stephane Berla

JACK ET  LA MECANIQUE DU COEUR  de Mathias Malzieu et Stéphane Berla.

Il est né avec un cœur froid qui  a dû être remplacé par une horloge mécanique  pour  lui permettre de  survivre.  Mais , gare aux sentiments qui risquent de l’enrayer !… La rencontre d’une frêle et jolie chanteuse des rues va bouleverser le mécanisme du cœur de jack… dans de magnifiques décors enneigés et de fêtes foraines, le feu de la romance et du cinéma, se rencontrent pour une ballade enchantée , orchestrée par Georges Méliès ! …

l' Affiche  du  Film

Au cœur du jour le plus froid de le terre, en cette année 1874 à Edimbourg dans le Royaume d’Ecosse, une jeune et pauvre femme enceinte tente d’atteindre le sommet de la montagne où exerce la femme -médecin , le Dr Madeleine ( Voix de Marie Vincent et Emily Loizeau) pour mettre au monde son enfant. La faiblesse de la malheureuse et les conditions climatiques, le jeune bambin né avec un coeur froid , devra à la greffe d’une horloge à coucou  dont les fragiles rouages seront désormais son mécanisme de survie pour laquelle,  Jack ( Voix de l’auteur Mathias Malzieu) devra  respecter trois règles impératives: ne pas toucher aux aiguilles, maîtriser ses excès de colère et , surtout , ne jamais tomber amoureux … au risque d’affoler la fragile mécanique qui règle son cœur.  Mais tout va basculer avec la rencontre de la mystérieuse Miss Acacia ( Voix d’Olivia Ruiz)- jolie et fragile chanteuse de rues que la myopie rend encore plus attirante- qui emballe les mécanismes de son cœur et affole son rythme cardiaque … et de surcroît , le danger guette  avec Joe ( voix de Grand Corps Malade ) qui se présente en rival avec son arrogance détestable . Mais  un jour  la  belle  disparaît . Voilà les données du conte et le mystère  de la saga, à rivalité amoureuse en marche…

Jack  et  son coeur  en horloge  à  coucou mécanqiue

Mathias Malzieu, le chanteur du groupe Dyonisos qui en fit à la fois le thème d’un Album musical et de son roman écrit en 2007, rêvait d’en faire un film d’animation dont la concrétisation se fera à l’issue d’une rencontre sur un plateau de télévision avec Luc Besson , séduit par l’aventure et les convictions du chanteur-compositeur  de se lancer,  en novice , dans une troisième expérience  cinématographique celle-là. Emballé par le côté poétique à développer en images des thèmes – de la passion amoureuse et du rapport à la différence-  de son œuvre ,  auxquels  il va  pouvoir  donner un  autre relief   en explorant  la matière  et  l’univers  du cinéma . Un sacré  défi à relever  pour lequel il s’entoure de ses fidèles collaborateurs dont, Nicoletta Ceccoli illustratrice de son roman  qui sera  la graphiste du film,    et , pour l’aspect plus technique s’adjoignant  à la réalisation, Stéphane Berla auteur de clips. Le casting, Musical et vocal de l’album existant reconduit, les éléments sont dès lors réunis, pour que la réussite soit au rendez-vous. Pas forcément évident… mais la créativité des auteurs se mariant à  un superbe  travail  sur l’image et les atmosphères, l’univers du récit s’en trouve enrichi par le soin apporté aux détails de l’animation qui donnant  une  autre vie et singularité à chacun des personnages. Comme au choix des cadres, de celui-ci ,  au long d’un périple Européen ( de l’Ecosse à l’Andalousie) rempli de  ces références,   littéraires  et  cinématographiques , qui font écho poétiques aux belles tonalités de la bande musicale dont la variété des sonorités mélodiques, se fait le miroir révélateur des sentiments .

Joe ,  l'inquiétant rival de  Jack

C’est dire la richesse de l’ensemble de la mécanique d’un récit  qui s’attache  à  trouver  dans la multiplicité et l’inventivité des tonalités qui en sont le moteur, la dimension de l’émotion, et cette magie dont elle se pare de ce rêve  et de  l’imaginaire , dont le cinéma s’est fait l’un des plus grands illustrateurs.  L’image animée et ses trucages dont Georges Méliès ( Voix de Jean Rochefort ) fut le premier maître et prince de l’écriture ( truquages ) qui s’en est donné à coeur-joie pour faire frémir de peur, hurler de rire ou pleurer, Margot . Et dont la magie se perpétue ici au travers des formes  de l’animation moderne . Méliès, c’est lui d’ailleurs,   qui vient illuminer le film avec son appareil à images  animées ( sa mécanique à lui ) faiseuses de  rêves ,et dont la rencontre vient redonner  de l’espoir à Jack , comme l’illustre la belle scène de la projection secrète  à laquelle il  le  convie avec  Miss Acacia, enfin retrouvée  en Andalousie  par notre héros .Au delà des hommages ( Felllini, Paul Grimault , Tim Burton, Tod Browning, jean-Pierre jeunet. ou  Jim Jarmusch ), les  références cinématographiques  sont là ,  comme lien « nécessaire » pour les auteurs.  Un  lien  destiné  à susciter au travers d’elles,  et du mélange de tonalités émotionnelles dont elles sont porteuses du subtil écho du conte et de la réalité , et du rapport à la beauté et à la monstruosité, que le récit explore au cœur de la passion amoureuse , comme dans celui du rapport à l’exclusion et à la différence.

Miss Acacia  et  Jack   en  amoureux...

A cet égard, est emblématique; le conflit entre Jack et Joe  au centre duquel s’installe à la fois le double aspect du rejet  suscité par  la  jalousie passionnelle et celui  de sa différence ( son cœur greffé),  dont    Jack sera   la victime  objet  d’humiliations  continues  de la part de Joe ,  et  l’entraîneront  à une réaction violente qui lui fera enfreindre une des règles « éviter toute colère » , pouvant mettre en danger sa vie. Le  rejet  Miss Acacia,  en connaît aussi  les  conséquences  au  travers de  la  mésaventure dont ses  parents  furent jadis victimes . Il est aussi le  quotidien des chemins de  douleurs  subies par  d’autres  personnages  brisés  par la  vie, comme ceux  du poète alcoolique ou  de l’homme qui pleure . Et dans le « bestiaire » du parc d’attractions qui fait penser au  Freaks de Tod Browning,  mais aussi,  à l’Univers baroque de Fellini, il ne manque pas d’exemple de créatures insolites qui  le  peuplent  à l’image  de la  méchante sorcière ( Voix de Dani), figure  typique  du contre  traditionnel,  ou  de  celles  placées  sur  le  parcours  du  mythique  train  fantôme,  pour  faire frémir  le  voyageurs.

En miroir des couleurs chaudes et de la frénésie Andalouse où la poésie, le rêve et l’espoir se glissent au cœur de la gravité , il y a celle du froid dont s’habille le film dont le parcours de Jack,en  Don Quichotte amoureux, fait sourdre les nuages et les ombres des maléfices et des peurs primales. Une  dimension inquiétante  qui se traduit dans les décors,  par les formes héritées d’une certaine littérature  horrifique , dont le fantôme de Jack L’éventreur ( apparition portée par la chanson d’Alain Bashung empruntée à l’album ) sublime le mystère du « double » du personnage . Comme le prolonge la référence au cinéma expressionniste dont portent la marque adoucie des formes, certains décors rendus encore plus étranges. Une atmosphère ponctuée  également par un certain décalage ironique , à l’image des deux excentriques tantes espagnoles, Luna et Anna,  qui s’en font l’écho avec d’autres créatures qui peuplent ce récit ( conte) aux accents mortifères et mélancoliques, de leur fantaisie …

(Etienne Ballérini)

JACK ET LA MECANIQUE DU COEUR de Mathias Malzieu et Stéphane Berla- 2014-

Avec les voix de : Mathias Malzieu, Olivia Ruiz, Grand Corps Malade , Jean Rochefort ,

Arthur H, Marie Vincent , Emily Loizeau, Alain Bashung